Dois-je cesser mes investissements avant de vendre mon entreprise ?
À l’approche d’une transmission, de nombreux dirigeants se posent la même question : faut-il freiner les investissements pour maximiser la rentabilité à court terme ? Pour y répondre, nous avons sollicité notre expert Azzedine Ait, Responsable cession-transmission à la CCI Marne Ardennes. Dans cet article, il nous explique pourquoi, quelle que soit votre typologie d’entreprise, cette question est cruciale pour en garantir la rentabilité, la pérennité et la valeur globale.

responsable cession-transmission
Quand un chef d’entreprise commence à envisager une cession, une idée reçue refait souvent surface : « Je vais bientôt vendre, autant arrêter d’investir. » Erreur ! Comme le rappelle Azzedine Ait, « la valeur d’une entreprise se calcule sur deux axes : la rentabilité économique et les perspectives de développement. »
Or, ces perspectives ne peuvent exister sans investissements. Qu’il s’agisse d’entretien, de modernisation ou de développement, investir reste un signal fort de vitalité économique. Et si vous pensiez qu’économiser aujourd’hui augmenterait votre rentabilité demain, détrompez-vous : c’est tout l’inverse qui risque de se produire. Voyons pourquoi il faut continuer à investir – même, et surtout – quand une cession se profile.
Investir, c’est préserver la valeur de votre entreprise
Arrêter tout investissement, c’est comme cesser d’entretenir une maison avant de la vendre. À court terme, on économise un peu… mais à la visite, les défauts sautent aux yeux et deviennent des leviers de négociation en votre défaveur aux mains des acheteurs potentiels. Dans une entreprise, c’est pareil. Sans investissement, le patrimoine professionnel perd de la valeur : équipements vieillissants, normes de sécurité dépassées, image de marque affaiblie… « Quand on vend une entreprise, on vend un outil de production performant », insiste Azzedine Ait. « On ne peut pas espérer un bon prix sans un outil en état, rentable et conforme aux standards actuels. »
Le repreneur, lui, recherche une structure équipée, rentable, pérenne et productive. Il ne veut pas d’une société “sous perfusion”, c’est-à-dire dépendante de rustines temporaires. Mais alors, quels sont les investissements à faire ? Selon notre conseiller, il y en a deux en particulier à ne jamais négliger :
- Les investissements de maintien
Ils garantissent la continuité de l’activité. Cela comprend par exemple :
- Le renouvellement ou la réparation des machines,
- L’entretien des locaux et le confort de travail des salariés,
- Avoir un stock permettant à l’entreprise de continuer son activité économique.
Cesser ces dépenses reviendrait à fragiliser la rentabilité immédiate et à donner au repreneur l’image d’une entreprise fatiguée.
- Les investissements de développement
Ils assurent la compétitivité à long terme. Par exemple :
- Remplacer une machine vieillissante par un modèle plus performant et économe en énergie, intégrant les nouvelles technologies,
- Moderniser son outil informatique ou logiciel de gestion,
- Ou encore repenser son point de vente pour améliorer l’expérience client.
Ces décisions peuvent sembler coûteuses à court terme, mais elles témoignent d’une entreprise en mouvement, qui croit encore en son potentiel : un signal très positif pour un futur acheteur.
L’erreur stratégique à ne pas commettre
Une autre erreur fréquente consiste à modifier sa stratégie dès que le projet de transmission se précise. « Si un cédant veut vendre, il doit continuer à suivre sa feuille de route initiale », rappelle Azzedine Ait.
Autrement dit, inutile de lancer de nouveaux investissements massifs juste parce qu’une vente approche… mais il ne faut surtout pas geler ceux qui étaient déjà prévus. Les repreneurs évaluent non seulement la rentabilité passée, mais aussi la dynamique de croissance. Comme nous l’avons vu, une entreprise qui maintient son cap, qui investit dans la qualité et la productivité, inspire confiance. À l’inverse, un arrêt brutal des investissements peut être interprété comme un signe de désengagement, voire de difficultés financières.
Cela étant dit, toutes les entreprises ne sont pas concernées de la même manière par la question de l’investissement. Dans les petites structures commerciales ou artisanales, il ne s’agit pas d’un manque de volonté mais simplement d’une échelle d’activité qui ne justifie pas des investissements lourds et réguliers. Un coiffeur, par exemple, réalisera davantage des achats de matériel (sèche-cheveux, fauteuils, produits professionnels) que de véritables investissements structurels. En revanche, dans les secteurs industriels, du BTP ou des PME, le besoin d’investissement est bien plus marqué. Sans modernisation des équipements ou adaptation aux normes, ces entreprises risquent rapidement de ne plus pouvoir répondre à certains marchés, ce qui compromet leur rentabilité et leur pérennité.
Transmission et investissements en chiffres
- En moyenne, les entreprises qui continuent à investir dans les 3 années précédant leur cession sont valorisées plus cher que celles qui cessent leurs investissements.
- 1 entreprise sur 2 mise en vente dans l’industrie présente un déficit de modernisation de ses équipements.
- 70 % des repreneurs déclarent qu’un parc matériel obsolète est un frein majeur à l’achat.
Vous l’aurez compris : investir, c’est entretenir la performance et la crédibilité de votre entreprise. Un repreneur ne cherche pas une affaire “au rabais”, mais une structure saine, rentable et tournée vers l’avenir. « Investir, c’est maintenir la valeur et la rentabilité de votre entreprise, et la confiance des futurs repreneurs. » résume Azzedine Ait.
En clair : continuez à faire vivre votre entreprise comme si vous la gardiez. Et si vous avez besoin d’y voir plus clair sur les investissements les plus pertinents à maintenir, vos conseillers CCI et CMA sont là pour vous guider à chaque étape du parcours de cession ou de reprise.
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Sources :
INSEE – Étude sur la transmission et la performance économique des entreprises (2023)