Souvent reléguée au second plan, la communication est pourtant un levier stratégique majeur au moment d’une reprise d’entreprise. Salariés, clients, fournisseurs, partenaires, proches… Chaque interlocuteur joue un rôle clé dans la réussite de votre projet. À condition d’anticiper, de structurer et d’assumer une vision claire dès le départ.

Lorène Lacercat,
conseillère création-reprise

Business plan, financement, montage juridique… Un bon repreneur pense à tout. Ou presque. Dans les faits, la communication reste l’un des angles morts les plus fréquents dans un projet de reprise. Trop floue, trop technique ou perçue comme secondaire, elle est souvent repoussée à plus tard. Une erreur stratégique qui peut coûter cher ! Car reprendre une entreprise, ce n’est pas seulement relancer une activité : c’est reprendre une image, des relations, des habitudes… et devoir, très rapidement, y apposer sa propre identité. Pour Lorène Lacercat, conseillère à la CCI Grand Nancy Métropole – Meurthe-et-Moselle, et Ludovic Scolard, expert en stratégie commerciale et e-commerce chez Sell Expert, un mot-clé s’impose : anticipation.

Anticiper sa communication : poser les bases avant même la reprise

La communication ne commence pas le jour de la signature. Elle se prépare en amont, parfois dès que le projet de reprise se précise. Dans la réalité, de nombreux repreneurs repoussent cette réflexion. Ils imaginent reprendre “en douceur”, sans trop changer, ou au contraire transformer rapidement l’entreprise… sans avoir structuré la manière de présenter ces évolutions. Résultat : des incompréhensions, des tensions, voire des pertes de clients ou de partenaires se produisent de façon plutôt abrupte.

Ce manque d’anticipation peut aller jusqu’à des oublis très concrets. Il n’est pas rare, par exemple, qu’un repreneur ait finalisé son financement et son business plan, sans avoir réfléchi à son enseigne, à sa visibilité ou à sa présence numérique. Or, qu’il s’agisse d’un commerce physique ou d’une activité en ligne, cette visibilité doit être pensée au grand minimum un mois et demi avant la reprise effective.

Pour Ludovic Scolard, cette étape ne peut pas être réduite à une simple prestation technique. Elle passe d’abord par un travail d’analyse et de stratégie. « Il s’agit de comprendre ce qui a été fait auparavant, d’évaluer les forces et les faiblesses, et de transformer les éventuelles menaces en opportunités » précise-t-il. C’est aussi le moment de poser une identité claire, qu’elle soit graphique, éditoriale ou commerciale, afin de donner une direction cohérente au projet. Ce travail permet au repreneur de ne pas subir l’héritage du cédant, mais de s’en servir comme point d’appui pour construire sa propre vision.

Investir dans sa communication : un choix stratégique, pas une option

Si la communication est souvent négligée, c’est aussi parce qu’elle est perçue comme un coût plutôt que comme un investissement. Dans les faits, elle est fréquemment reléguée en fin de plan de financement, voire oubliée. Pourtant, développer une présence en ligne, structurer une stratégie marketing ou lancer une activité e-commerce représente un véritable projet en soi. Cela nécessite des compétences, du temps et des ressources.

Ludovic Scolard insiste sur ce point : « Créer un site internet ou une boutique en ligne ne suffit pas. Sans stratégie de contenu, sans travail sur le référencement, sans outils d’acquisition, l’impact reste limité. De même, se lancer du B-to-B vers le B-to-C par exemple, implique une transformation profonde qui ne peut pas s’improviser. »

Cette dimension est de plus en plus intégrée par les partenaires financiers. Les banques s’intéressent désormais à la cohérence entre la stratégie annoncée et les moyens prévus pour la mettre en œuvre. Une ambition de développement sans budget associé fragilise la crédibilité du projet.

Parallèlement, il existe également un enjeu de posture. Certains repreneurs hésitent à poser des questions au cédant ou à demander des informations, par crainte de le froisser. D’autres sous-estiment la complexité des métiers de la communication, pensant pouvoir gérer seuls certains aspects. Dans les deux cas, le risque est le même : avancer avec des angles morts.

Communiquer avec son écosystème : un levier humain et stratégique

Reprendre une entreprise, c’est aussi reprendre un ensemble de relations. Et chacune d’elles nécessite une attention particulière.

  • Vos salariés et vous
    Avec les salariés, la communication doit intervenir dès que la reprise devient concrète. Aller à la rencontre des équipes, échanger individuellement avec les collaborateurs clés, comprendre les pratiques existantes, les réussites comme les échecs passés, permet d’éviter de nombreuses erreurs. Certaines idées, perçues comme innovantes par le repreneur, ont parfois déjà été testées sans succès. À l’inverse, ces échanges peuvent révéler des compétences ou des opportunités inexploitées.

Impliquer les salariés dans la réflexion stratégique, que ce soit sur le business plan ou la stratégie marketing, constitue également un levier puissant. Cela permet de créer une dynamique collective, de les rassurer sur l’avenir et de transformer une période de transition, souvent source d’inquiétude, en projet d’équipe.

  • Vos fournisseurs et vous
    Avec les fournisseurs, la communication doit également être anticipée. Le repreneur hérite de relations contractuelles, mais celles-ci ne garantissent pas leur pérennité. Une mauvaise communication peut fragiliser, voire rompre des partenariats essentiels.

En effet, il n’est pas rare qu’un fournisseur représente une part majeure du chiffre d’affaires d’une entreprise. D’où l’importance d’aller à leur rencontre en amont, idéalement aux côtés du cédant, pour clarifier les conditions de collaboration, poser les bases de la relation et éviter toute mauvaise surprise.

  • Vos clients et vous
    Reprendre une entreprise, c’est aussi reprendre une marque, une image et une relation client parfois ancienne. Le repreneur doit donc choisir entre continuité et repositionnement. En B-to-B, il s’agira souvent de rassurer, tandis que dans d’autres cas, une évolution vers une clientèle plus large ou plus digitale peut s’imposer. Cela implique de redéfinir clairement son persona, car celui du cédant n’est pas forcément le sien. Une communication mal ciblée devient vite inefficace, comme le résume Ludovic : « Investir sans cible, c’est comme larguer des flyers depuis un avion en espérant qu’ils tombent aux bons endroits. »

La présence numérique illustre également cet enjeu. Comme le rappelle Lorène : « Lors d’une reprise de fonds de commerce, on hérite de la visibilité existante, y compris des avis clients. On ne peut pas les effacer, sauf à changer de nom et repartir de zéro. »

  • Vos proches et vous
    Ce sont souvent les derniers interlocuteurs auxquels on pense, pourtant ce ne sont pas les moindres ! En effet, reprendre une entreprise transforme profondément le quotidien, les responsabilités et les équilibres personnels. Le projet engage du temps, de l’énergie et souvent des ressources financières importantes. Selon Lorène, « associer son entourage, expliquer les enjeux, partager les incertitudes permet de prévenir des tensions et de sécuriser le projet sur le plan personnel. Le soutien des proches devient alors un véritable facteur de résilience. »

Communiquer, ce n’est pas seulement informer. C’est structurer, anticiper et aligner l’ensemble des parties prenantes autour d’un projet commun. Qu’il s’agisse des salariés, des clients, des fournisseurs ou des proches, chaque échange contribue à sécuriser la reprise et à éviter des difficultés souvent invisibles au départ. La communication permet de clarifier les attentes, de prévenir les incompréhensions et de poser les bases d’une stratégie cohérente. Et en réalité, elle ne vient pas après le projet : elle en fait partie intégrante.

Vous vous interrogez sur votre propre stratégie de reprise ? Poursuivez la réflexion et échangez avec un conseiller de la CMA ou de la CCI la plus proche de chez vous : un accompagnement sur-mesure pour aborder chaque dimension de votre projet avec méthode.

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